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Comment la charge mentale influence la baisse du désir sexuel féminin et comment la traiter?

Vous avez probablement vu ou entendu parler la BD d’Emma concernant la charge mentale des femmes dans notre société ?

Voici un concept sans cesse détaillé, décrit, expliqué dans mon cabinet de consultation depuis des années, sur lequel je peux enfin poser un nom.

De nombreuses femmes assises face à moi m’ont expliqué avoir perdu leur désir sexuel depuis l’agrandissement de la famille. Elles prennent rendez-vous, à la demande suppliante du conjoint, pour traiter leur manque de libido et dès la première séance commencent à expliquer de manière très concrète les raisons qui jouent effectivement sur leur désir sexuel : la charge mentale.

Fréquemment, le conjoint est convié lors de la séance suivante pour traiter la difficulté sexuelle de Madame, comme un symptôme du dysfonctionnement du couple.

Parce qu’effectivement, outre le manque de disponibilité au plaisir et au désir sexuel, cette dernière, qu’elle le sache ou non, est en colère contre Monsieur qui, la plupart du temps, ne voit pas du tout en quoi cela le concerne.

Un jour, une patiente me dit :”Nous ne sommes pas faits de la même façon : il ne voit pas ce qu’il y a à faire, les hommes sont comme ça !”Malheureuse !” ai-je répondu,;”avec des croyances pareilles, vous confortez la situation qui ne vous convient pas et bloquez les alternatives au changement!”

En effet, il est totalement faux de penser que l’homme n’est pas capable d’anticiper, de prendre des initiatives, d’organiser et coordonner : bien au contraire !

Une autre le défend en justifiant : Quand même, il s’occupe des poubelles toutes les semaines et il vide le lave-vaisselle ! Bravo ! Mais ce n’est pas de cela dont il s’agit. Ni l’un, ni l’autre n’est coupable. Parlons plutôt de responsabilité partagée et la conséquence d’une révolution sexuelle mal négociée depuis la fin des années 60.

La plupart du temps, le problème de perte de désir sexuel survient à la suite d’une première naissance. A deux, le couple fonctionne, chacun s’occupe principalement de lui, de l’autre et du couple. Puis, l’enfant parait. Le congé de maternité est très souvent mal perçu par les hommes, qui ne comprennent pas nécessairement en quoi il est fatiguant de s’occuper d’un enfant… Parfois même, les femmes ne s’en rendent pas compte non plus.

Si la femme allaite, elle est en plus responsable de nourrir le bébé la nuit comme le jour et les habitudes se prennent vite.

C’est en effet pendant le congé de maternité que le pli se prend : la gestion de la liste de cadeaux, le nombre de bodies et les machines à gérer, le besoin de langes, la visite chez le pédiatre, puis, les premières caisses de vêtements à ranger, le passage à la diversification alimentaire, les vaccins, l’inscription à la crèche ou la gestion des aménagements de garde, le sac de bébé, penser à tout : le thermomètre, les vêtements de rechange, le lit d’appoint, … Bref, toutes ces petites choses à quoi il faut penser lorsqu’un nouveau né arrive dans le couple, qui se transforme en famille.

Ce n’est pas tant que l’homme se repose sur la femme de manière éhontée et dénuée d’intérêt, c’est qu’il se sent moins concerné, puisque la femme est en congé maternité et a le temps de gérer toutes ces petites choses qui tournent autour, pendant que l’homme fait son devoir d’homme : il travaille et rapporte de quoi subvenir financièrement aux besoins de la nouvelle famille.

Puis, la femme reprend le travail et c’est généralement là que les choses se corsent. En plus de sa fonction de mère, nouvellement acquise, elle doit reprendre ses anciennes fonctions de travailleuse, de femme et d’épouse. Et c’est “normal”, c’est comme ça qu’on fait, chez nous. Parfois, elle se permet un temps partiel ou un crédit temps. Parfois pas.

Et cette nouvelle fonction prise en charge mentalement s’ajoute à la charge mentale commune à chacun d’entre nous, homme et femme confondus.

Lorsque le compagnon se présente dans mon cabinet, il est simplement en demande de retrouver sa femme sexuellement et affectivement. Il ne comprend pas le lien qui existe entre l’arrivée d’un bébé et leur vie intime. Il s’agit de deux choses bien distinctes. D’ailleurs, c’est régulièrement situé à 6 semaines, après la cicatrisation de l’épisiotomie, qu’il est de bon usage de reprendre une vie sexuelle comblée et épanouie : on oublie que l’allaitement produit des hormones qui diminuent la libido, on oublie l’idée que le corps est devenu maternant et non plus érotique, on oublie que la femme a vécu un événement bouleversant, tant dans sa chair que sur l’aspect psychologique… Le corps médical informe que les relations sexuelles peuvent reprendre à 6 semaines, attendre 6 mois devient un vrai calvaire incompréhensible.

Les voilà tous les deux face à moi, avec plus ou moins d’amour exprimé, avec plus ou moins de compréhension, avec une vraie demande que leur vie sexuelle redevienne satisfaisante.

Le plan de traitement est relativement simple. Il s’agit de traiter d’une part individuellement la patiente concernant son manque de désir :

– en décortiquant ses croyances limitantes (liées à ce que doit être une femme, une épouse, une mère, un couple, une famille) ;

– en désamorçant les compétitions archaïques avec sa propre mère ou substitut projectifs (belle-mère, copine, etc.) ;

– en traitant la culpabilité ;

– en prenant conscience de la colère accumulée contre le conjoint et/ou la situation et exprimant celle-ci de manière à en faire bon usage. Effectivement, la colère est chez la femme, inhibitrice de libido : une femme en colère n’a, pour la plupart, aucune envie de faire l’amour et d’ailleurs a tendance dans le temps, à faire de la sexualité un enjeu de pouvoir dans le couple (sujet d’un prochain article).

– en apprenant à faire des demandes claires et explicites au conjoint pour permettre une réorganisation concernant la charge mentale liée au foyer.

Il arrive quelques fois que la femme ne veuille pas lâcher cette responsabilité ; elle se raconte beaucoup d’histoires sur l’incapacité du conjoint à faire les choses correctement. Elle s’applique à le rendre incompétent dans le domaine du foyer, paradoxalement, pour le lui reprocher ensuite… Ces contradictions doivent également être relevées et remises en question pour définir ce qui est important pour elle, finalement…

D’autre part, le traitement au niveau conjugal consiste à faire prendre conscience de manière intellectuelle mais également émotionnelle de la souffrance de chacun des partenaires, et alimenter leur désir de changement dans une logique constructive pour redéfinir un fonctionnement et un contrat de couple satisfaisant et acceptable pour chacun. Ensuite, il est question de redéfinir une nouvelle sexualité adéquate en fonction des changements énoncés par ailleurs.

Rapidement, le symptôme disparait lorsque la communication s’installe et que le couple, à deux, redéfinit un nouveau contrat de couple, de nouvelles règles et un processus de fonctionnement.

Il est important de rester vigilant à tout événement qui peut, d’une manière ou d’une autre, remettre en question le système et rendre à nouveau symptomatique le désir sexuel de la femme. Aussi, il est important de savoir que ce dernier est fluctuant et qu’il n’est pas nécessaire de courir chez le sexologue si par moments le désir est moins présent. Le plaisir de l’intimité conjugale peut, dans ces cas précis, devenir la porte d’entrée d’une sexualité épanouie, le temps que les choses rentrent dans l’ordre.